Insécurité à la frontière mauritano-malienne : gérons la situation...

Ce qui se joue aujourd’hui à notre frontière avec le Mali ne peut être lu uniquement comme une crispation conjoncturelle. Cela s’apparente davantage à une stratégie de diversion bien connue : 
 

lorsqu’un pouvoir est fragilisé sur le plan interne, la tentation est grande de déplacer le centre de gravité du débat en désignant une menace extérieure. En alimentant une tension frontalière, on suscite un réflexe de ralliement national, ce que la science politique décrit comme l’effet “rassemblons-nous autour du drapeau”. La peur, l’émotion et le sentiment patriotique deviennent alors des instruments de consolidation du pouvoir, reléguant au second plan les difficultés économiques, sociales ou politiques internes.

Cependant, réduire la situation à ce seul mécanisme serait incomplet et intellectuellement confortable. Car dans le cas précis de la frontière mauritano-malienne, il existe une réalité structurelle que nous ne pouvons ignorer : l’absence, ou du moins l’imprécision, de la délimitation sur de larges portions, notamment au sud et au sud-est. Cette indétermination territoriale n’est pas théorique ; elle se traduit concrètement par un enchevêtrement humain et spatial. Des villages mauritaniens se retrouvent parfois situés au-delà de localités maliennes, et inversement. Les populations, elles, vivent ces espaces comme continus, bien loin des découpages administratifs hérités.

C’est précisément cette complexité, mal comprise voire incomprise par les populations locales, qui rend la situation actuelle particulièrement inflammable. Lorsqu’une tension politique vient se superposer à une géographie déjà floue, le risque de malentendus, d’incidents et d’escalade devient considérable. Le divisionnisme observé du côté de Bamako agit alors comme un catalyseur sur un terrain déjà fragile.

Dès lors, il nous appartient aussi de prendre notre part de responsabilité, non pas dans l’origine de la tension, mais dans la gestion de ses facteurs aggravants. Une première mesure de bon sens consisterait à sécuriser humainement notre présence en relocalisant, de manière concertée et digne, les ressortissants mauritaniens installés dans les zones les plus ambiguës vers des territoires clairement établis comme relevant de notre souveraineté. Parallèlement, la mise en place d’une veille stratégique, à la fois sécuritaire, administrative et sociale, s’impose pour mieux anticiper et contenir les risques à ces frontières sensibles.

Enfin, il faut garder à l’esprit une évidence trop souvent oubliée : il n’y a jamais de vainqueur dans une guerre, encore moins lorsqu’elle oppose des peuples voisins, liés par l’histoire, les échanges et parfois même les liens familiaux. Et cela est d’autant plus vrai lorsque l’un des deux pays traverse déjà une crise profonde. Dans un tel contexte, la responsabilité première est d’éviter l’irréversible.

Mahmoud Mmbn