Adrar-Inchiri : ce qu’il faut retenir de la tournée présidentielle

Du 20 au 26 septembre, le président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a sillonné les wilayas de l’Adrar et de l’Inchiri, allant à la rencontre des populations, des élus, des cadres et des acteurs locaux. D’Atar à Ouadane, de Chinguetti à Aoujeft, puis d’Akjoujt à Benichab, la tournée a été marquée par des accueils populaires et une série de rencontres consacrées aux préoccupations locales. Au-delà des annonces sectorielles, les interventions du chef de l’État ont fait ressortir plusieurs lignes directrices : une répartition plus équilibrée de l’investissement public, l’amélioration des services essentiels, le désenclavement, la valorisation des ressources locales et, désormais, la nécessité de créer un tissu économique capable de retenir les populations dans leurs terroirs.

La tournée présidentielle dans l’Adrar et l’Inchiri aura ainsi constitué un exercice de proximité avec les territoires. Ayant conduit Ould El Ghazouani dans les différents  moughataas des deux wilayas, cette visite avait un objectif double : écouter les citoyens afin d’identifier les difficultés et les priorités locales, mais aussi leur exposer les grandes orientations et la situation générale du pays.

Atar : corriger les déséquilibres..

À Atar, première étape de la tournée, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a placé l’équilibre territorial au centre de son intervention. Il a plaidé pour une répartition plus équitable des investissements publics entre les différentes régions, afin que l’amélioration des indicateurs nationaux de développement puisse se traduire dans la vie quotidienne des populations. Infrastructures, éducation, santé, emploi, eau et électricité ont ainsi été présentés comme autant de secteurs dans lesquels les populations de l’intérieur doivent pouvoir mesurer les effets de l’action publique.

Cette approche accorde également une place importante à l’expression des besoins locaux. Le chef de l’État a insisté sur la nécessité pour chaque région de participer à la définition de ses priorités, faisant de l’écoute des populations un élément du processus de décision en matière de développement.

Le programme d’accès aux services essentiels pour le développement local constitue, à cet égard, l’un des principaux instruments évoqués. À Atar, le président a fait état d’un taux d’exécution national de 70 % pour la première phase et annoncé la préparation de la deuxième. Pour l’Adrar, il a évoqué d’importants investissements publics et plusieurs dizaines de chantiers consacrés notamment aux services de base et aux infrastructures.

Dans la capitale de l’Adrar, plusieurs annonces ont porté directement sur les conditions de vie. Le président a annoncé le raccordement d’Atar au réseau national d’électricité avant la fin de l’année, ainsi que celui de plus de 40 villages de la wilaya.

Le réseau routier a constitué un autre volet majeur. La réhabilitation du premier tronçon de la route Atar-Akjoujt, sur 76 kilomètres, devait être engagée dans la foulée de la visite. L’engagement a été suivi, le 26 septembre, du lancement effectif des travaux, pour un coût annoncé de plus de 580 millions MRU et un délai de réalisation de 20 mois.

La voirie urbaine d’Atar, l’amélioration des équipements de l’aéroport, notamment pour permettre l’accueil des vols de nuit, ainsi que le renforcement des dispositifs de sécurité et de contrôle ont également été évoqués.

L’eau demeure, toutefois, l’un des principaux défis de la wilaya. Le chef de l’État a annoncé la poursuite des forages et l’exploitation des ressources existantes, tout en évoquant la possibilité d’infrastructures hydrauliques de plus grande envergure, notamment un barrage, selon les résultats des études.

Ouadane : le désenclavement comme point de départ..

À Ouadane, le désenclavement a occupé une place centrale. Le président a confirmé que la construction de la route devant relier la ville au réseau routier national serait inscrite au budget de l’État pour 2027. Cette annonce s’inscrit dans une vision plus large visant à achever le raccordement des chefs-lieux de moughataas et des arrondissements et à améliorer la circulation entre les différentes zones du pays.

Mais l’intervention présidentielle à Ouadane a surtout introduit une dimension économique. Une fois les infrastructures réalisées et les services essentiels améliorés, l’enjeu devient celui de l’activité et de l’emploi. Le président a appelé le secteur privé à investir davantage dans les villes de l’intérieur, notamment dans le tourisme, afin de créer des emplois et de permettre aux populations de rester dans leurs terroirs. 

Chinguetti : rapprocher la formation des besoins du territoire

À Chinguetti, les échanges se sont concentrés sur l’éducation, la formation et le patrimoine. Le chef de l’État a appelé les familles, les élites et l’ensemble de la société à faire de l’éducation une priorité, résumant cette orientation par la formule : « l’éducation, encore l’éducation, et enfin l’éducation ».Cette priorité a été mise en relation avec la réforme de l’École républicaine, mais aussi avec l’expansion de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle. Le président a annoncé la création prochaine de quatre établissements supérieurs à l’intérieur du pays : une École supérieure d’agriculture à Kaédi, une École supérieure vétérinaire à Néma, un Institut supérieur de l’éducation à Tidjikja et un Institut supérieur de gestion des entreprises à Kiffa.

L’objectif affiché est de rapprocher l’enseignement supérieur des étudiants et de mieux adapter les formations aux besoins économiques des régions. Depuis 2019, selon les chiffres avancés par le chef de l’État, dix établissements d’enseignement supérieur ont été ouverts dans différents domaines spécialisés.

À Chinguetti, cette réflexion sur le capital humain s’est également accompagnée d’un appel à préserver le patrimoine et à faire du Festival des Cités du Patrimoine un levier durable pour l’économie locale.

Aoujeft : transformer le potentiel oasien en production

À Aoujeft, l’accent a été mis sur l’agriculture oasienne et la souveraineté alimentaire. Le président a insisté sur le potentiel de production de dattes de la région, estimant que la Mauritanie dispose des ressources nécessaires pour développer cette filière au-delà de la satisfaction de la demande intérieure. Il a annoncé, à cet effet, une réforme globale de la filière oasienne et une restructuration de la Société des dattes de Mauritanie.

L’eau demeure là encore déterminante. Le président a évoqué la mobilisation des ressources financières nécessaires à la construction d’un ou de plusieurs barrages à Aoujeft, selon les conclusions des études hydriques en cours. Ces infrastructures devraient notamment contribuer à l’approvisionnement en eau, à l’agriculture irriguée et à l’irrigation des oasis.

Le passage vers l’Inchiri a prolongé plusieurs des préoccupations exprimées dans l’Adrar, tout en mettant davantage l’accent sur la transformation des ressources en activités et en emplois.

Akjoujt : mieux valoriser les ressources et les compétences

À Akjoujt, le président a insisté sur la nécessité de transformer les potentialités du pays en richesse effective. Cette transformation suppose notamment, selon les propos rapportés par l’AMI, des infrastructures adaptées, un capital humain formé, un environnement stable et la mobilisation de ressources financières.

Dans cette perspective, le secteur minier occupe une place particulière en Inchiri. Le président a indiqué que les autorités avaient œuvré au maintien de l’activité de la mine d’Akjoujt afin de préserver les emplois et l’activité économique locale. Il a également évoqué les perspectives d’ouverture de nouvelles mines dans la wilaya.

La diversification des activités reste toutefois un enjeu. Le chef de l’État a notamment insisté sur le rôle de la jeunesse et sur la nécessité de disposer d’une main-d’œuvre nationale suffisamment qualifiée pour répondre aux besoins du marché du travail.

Benichab : améliorer le cadre de vie et préparer les compétences

Dernière étape de la tournée, Benichab a élargi le champ des priorités à l’environnement, à l’urbanisme et à la formation. Le président a appelé à une mobilisation nationale en faveur de la propreté et de l’amélioration du cadre urbain, citant la ville comme un exemple d’initiatives locales en matière de propreté, de reboisement et de protection de l’environnement. Il a également indiqué que la propreté urbaine ferait partie des critères d’évaluation de la performance des autorités locales.

Un programme visant à faire de Benichab une « ville verte » doit par ailleurs être élaboré par le département de l’Environnement. La formation professionnelle figure également parmi les annonces, avec la création prévue d’un centre spécialisé dans les métiers liés à l’exploitation minière artisanale, dont la réception est annoncée pour 2027.

De l’Adrar à l’Inchiri, la tournée aura ainsi révélé des priorités largement partagées : infrastructures, services essentiels, désenclavement, capital humain et valorisation des ressources. Elle aura surtout posé une exigence : que l’investissement public ne s’arrête pas à la réalisation des équipements, mais qu’il contribue à faire naître des activités, des emplois et des perspectives durables dans les territoires de l’intérieur.